Aujourd’hui, j’aimerais formuler et expliquer cette intuition simple, presque brutale une fois qu’on la regarde en face :
C’est dans les grandes villes que se concentrent les formes les plus visibles de dérive : idéologies extrêmes, communautarismes fermés, revendications identitaires poussées jusqu’à l’absurde (Ecolo, Bobo, Gay Pride, etc.).
Pourquoi la ville crée-t-elle les conditions idéales pour que ces phénomènes émergent et prospèrent ?
L’invisibilité
Vivre en ville permet d’abord une chose fondamentale : disparaître.
On peut y vivre sans être vu, sans être connu, sans être attendu. Les voisins sont des inconnus que l’on croise sans les regarder. On ignore leur vie, ils ignorent la nôtre.
Dans un village ou un quartier pavillonnaire, cette invisibilité n’existe pas. Les gens se connaissent, au moins de vue. On sait qui est là, qui ne l’est pas, ce qui se passe autour de soi. Cela impose une retenue naturelle, par peur de l’exclusion sociale. Certains comportements deviennent plus difficiles, non pas parce qu’ils sont interdits, mais parce qu’ils sont visibles et doivent donc être pleinement assumés.
La ville, elle, efface toute forme de redevabilité. Les actes n’ont plus de mémoire. On peut changer de cercle, disparaître, recommencer ailleurs. Rien ne s’inscrit dans la durée. Les conséquences sociales s’amenuisent, et avec elles la nécessité de se contenir.
La fausse communauté
En ville, on parle souvent de diversité urbaine, de mélange. En réalité, chacun s’enferme dans son propre cercle. Les seules communautés qui subsistent sont choisies : amis, collègues, lieux fréquentés. Des espaces homogènes, composés de gens qui nous ressemblent déjà. Il n’y a plus de rencontres quotidiennes avec des individus différents, imposées par la simple proximité géographique. Ce phénomène polarise idéologiquement les individus.
Dans les villages, la communauté — le cercle social — inclut le voisinage, en plus des amitiés. Mais on ne choisit pas ceux avec qui l’on vit, et c’est précisément ce qui fait la communauté : des profils différents, des classes sociales différentes, des visions du monde différentes.
À cela s’ajoute une fracture sociale paradoxale. Dans les villes, la structure des classes sociales est beaucoup plus marquée. Il y a moins de brassage social dans les écoles, car les habitants d’un même quartier ont des moyens similaires ; leurs enfants fréquentent donc les mêmes établissements. À l’inverse, dans un village avec une seule école primaire, un collège, etc., tout le monde est mélangé : le fils du boulanger, du médecin, du chef d’entreprise ou du chômeur fréquentent les mêmes établissements.
La disparition du lieu
Ce déracinement ne se limite pas aux relations humaines. Il touche aussi le rapport au lieu. En ville, rien n’appartient vraiment à personne. L’espace est anonyme, interchangeable. On y passe, on l’utilise, puis on s’en va. Il n’y a pas de lien, pas de responsabilité réelle. Cela se voit dans les gestes les plus simples : on urine dans la rue, on dégrade, on jette ses mégots, on ne se sent pas concerné.
Dans un environnement plus restreint, plus incarné, ce rapport est différent. Le lieu est connu, habité, identifié. Il engage ceux qui y vivent.
La rupture avec le réel
Enfin, la ville coupe l’homme de son environnement naturel. Elle le place dans un univers entièrement construit, artificiel, où tout est médiatisé. Il n’y a plus de contact avec la terre, pas de jardins, pas d’animaux ; on ne comprend plus le travail de la terre. Cette coupure n’est pas anodine. Elle transforme le rapport au réel. Elle rend la vie plus abstraite, plus superficielle.
Conclusion
Ce que l’on appelle modernité est peut-être simplement cela : un éloignement progressif de tout ce qui enracinait l’homme — sa terre, sa communauté, son histoire, sa responsabilité.
La ville concentre et amplifie ce phénomène. Elle ne crée pas le mal, mais elle lui offre un terrain idéal pour se développer, devenant ainsi une forme d’antre idéale.
Parce qu’elle permet à l’homme de vivre sans racines, sans attaches, sans regard, sans morale.
Et l’on sait ce qu’il advient d’un arbre sans racines…
Le Semeur

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